Frédéric Rouge

(1867 - 1950)

 

 

Agonie dans les Alpes

 

 

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L'agonie dans les Alpes  

Une Agonie dans les Alpes (1901) [250 x 150 cm]
Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne

Il s'agit de l'oeuvre la plus grande (250 x 150 cm) de Frédéric Rouge, mais ce fut presqu'un scandale ...!

VEVEY, 22 juin 1901.
On parle beaucoup, à Vevey et ailleurs, du tableau de M. Frédéric Rouge : Une agonie dans les Alpes, refusé par le Jury de l'Exposition nationale suisse des Beaux-Arts.
Au dire d'un connaisseur, M. Bonjour, conservateur du Musée cantonal des Beaux-Arts, ce tableau constitue une oeuvre d'une grande valeur artistique, qui a déjà sa destination toute marquée : le Musée de Lausanne.
"L'artiste, écrivait M. Bonjour dans la Revue du 17 mai, a représenté les derniers moments d'un chamois blessé. Traversée de part en part et la jambe brisée, la gracieuse bête a enfin pu se retenir à une anfractuosité du glacier. Un sillage de sang marque son passage sur la pente neigeuse. La langue pendante, les yeux égarés, saignant de ses deux blessures, le chamois se meurt, dans le tragique et désolé décor de la haute montagne, sur laquelle l'orage gronde. C'est un drame de l'Alpe, d'une émotion poignante et d'une vérité incontestable.
Chez M. Rouge, l'artiste est doublé d'un chasseur pour lequel la montagne et ses habitants n'ont plus de secret. Aussi est-ce avec une parfaite connaissance de son sujet que l'artiste a peint le chamois, superbe morceau enlevé avec vigueur et qui satisfera à la fois les animaliers les plus difficiles et les nemrods les plus experts [Petit Larousse, Nemrod, personnage biblique (Genèse) présenté comme "vaillant chasseur devant l'Eternel"].
Le paysage, sans écraser le sujet du tableau, tient une place importante dans cette oeuvre harmonieuse et bien équilibrée. C'est un beau morceau d'Alpe, dans lequel la blancheur de la neige fraîche, quelques arêtes de roc rougeâtre et les reflets bleu-verts du glacier, sous un ciel noir d'orage font un cadre plein de sauvage grandeur à ce drame si touchant de la vie de la montagne. Nous croyons, - concluait M. Bonjour - que l'Agonie dans les Alpes aura un gros succès à l'Exposition de Vevey, car M. Rouge est un de ces peintres assez rares qui ont l'art de plaire sans sacrifier de leurs convictions artistiques ou sans recourir au charlatanisme. Dans aucune de ses oeuvres, peut-être, le jeune peintre vaudois mit plus de bonne foi, de conscience, de volonté de serrer de près la réalité. C'est pourquoi cette toile marquera dans sa carrière et ajoutera certainement à sa réputation. Elle constitue un gros effort, tant par l'importance du tableau que par les difficultés vaincues au prix de recherches souvent ingrates. "

Voyez combien M. Bonjour se trompait ! Le Jury, nous assure-t-on, a refusé le tableau de M. Rouge parce qu'on sentait qu'il était fait de chic, autrement dit, d'imagination.
Il faut ne pas connaître M. Rouge pour émettre une opinion aussi hardie. Le modeste peintre d'Aigle consacre dans sa vie privée une aussi large place à la chasse et à la pêche qu'à la peinture. Allez donc lui commander une toile, un simple lavis, lorsque les bans sont ouverts et que sa grande amie la forêt est là, tout près de son atelier, avec son charme irrésistible et odorant !
Mais pendant les longues heures d'attente et d'immobilité forcée, le peintre observe, enregistre, note le rayon du couchant qui empourpre le sous-bois, la perspective des fûts résineux dans le lointain, le mouvement gracieux du chamois que, tout à l'heure, il abattra d'un coup de fusil.
Et Rouge peindrait de chic ! allons donc.
Mais encore, cette critique en est-elle vraiment une? En quoi le travail d'atelier, basé même sur de simples observations mentales, en quoi ce travail est-il inférieur à l'autre, fait sur place, s'il traduit l'idée complète de l'artiste?
Reprochera-t-on à Daumier d'avoir toujours peint de mémoire dans son petit atelier du Quai d'Anjou, les paysages de villes et les êtres qu'il avait longuement contemplés pendant ses flâneries?
D'autre part, on dit que le Jury, ayant accepté deux oeuvres de M. Rouge, a refusé la troisième la trouvant décidément inférieure aux précédentes.
Nous voulons croire que là est bien la vraie raison qui a poussé le Jury à refuser une composition alpestre, que le public sera très heureux de voir exposée cet été dans l'enceinte de l'Exposition cantonale.