Frédéric Rouge

(1867 - 1950)

Anecdotes

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Courrier de Vevey et de la Tour-de-Peilz du 27 novembre 1912
Un chef-d'œuvre

Nous sommes allés, bien qu'un peu tard, contempler à notre tour le tableau intitulé " Le Cimetière d'Ollon " *) , que son auteur, M. Frédéric Rouge, à la fois si connu et si aimé, a eu l'excellente idée d'exposer au Musée Jenisch. Nous vous avons parlé du cadre ; parlons maintenant de l'œuvre.
Oui, parlons de l'œuvre. Hélas ! c'est plus vite dit que fait car il faudrait une plume bien autrement autorisée que la nôtre pour exprimer tout ce que cette œuvre magistrale renferme d'art et de beauté.
Le vieux cimetière d'Ollon ! Quel spectacle mélancolique et grandiose ! C'est le passé avec tous ses deuils, toute sa tragique expression. Qui dira combien de joies sont venues se briser là, dans cet endroit tranquille que n'arrosent plus, sans doute, mais qu'arrosèrent si longtemps les larmes de parents et d'orphelins, de mères et d'épouses.
Qui le dira ? Personne, sinon les noirs cyprès qui, fusiformes et graves, élèvent très haut dans les airs leurs silhouettes, implacables comme le destin. Non, personne si l'on n'excepte encore la mon-tagne qui, formidable, se dresse comme pour protéger l'enclos en lequel s'effacent de plus en plus les funèbres sillons.
Quel calme et quelle paix ! Comme c'est bien le passé que n'agite plus les passions humaines ; la mort I'a pris tout entier dans son linceul et il dort Ià, du sommeil éternel et profond de I'oubli.
Et pourtant, la mort qui n'est conséquence de la vie peut être individuelle ; elle n'est jamais collective. Le germe de la vie, source intarissable, plus sûrement éternel que la mort, ne s'éteint point, et c'est ce qu'a compris le grand artiste Rouge, doublé ici d'un poète et d'un philosophe. Voyez-vous cette lumière, plus délicieusement atténuée que si elle avait passé à travers les vitraux fins d'une église ? En coulant le long des cyprès ses sourires et ses caresses, elle les rend moins lugubres ; en s'accrochant aux flancs de la montagne, y met ses reflets joyeux et ce gardien farouche, bien autrement formidable que Lévathan, s'adoucit à son tour et se prend à sourire.
Cette lumière si douce, est-ce donc autre chose que la source éternelle de la vie ? Sous ses amoureuses étreintes tout se réveille à la surface de Ia terre. Les noirs cyprès en frissonnent et sentent monter en eux une nouvelle sève ; les herbes folles, les buissons épineux s'accrochent, grimpent jusqu'aux creux des rochers ; un gazon d'un vert très tendre, très humide, un vert de renouveau pointe partout dans le sanctuaire de la mort, le passé se trouve enveloppé de vie. C'est ainsi que les ruines peuvent s'accumuler, les deuils se conti-nuer à l'infini, les heures et les jours tomber dans le gouffre du temps, les générations crouler dans les tombes qui s'ouvrent et bientôt se referment, rien ne finit, rien ne s'éteint pour tout cela : le printemps succède à l'hiver, le présent au passé, les générations aux générations et la nature vivante se dressera toujours en se renouvelant sans cesse par dessus le chaos de la mort. Ce chaos lui-même deviendra, sous la lumière fécondante du soleil, une source de vie puisque jamais mieux que sur le cimetière ne croit I'herbe drue et ne fleurissent les roses.
Voila certainement ce qu'a voulu nous démontrer - et de quelle splendide, de quelle éloquente manière - M. Frédéric Rouge.

… (une partie de l'article a été déchiré ! )

La nouvelle œuvre de Rouge est non seulement remarquable par la conception mais par la technique qui en arrive à une perfection que nous n'avons jusqu'ici que rarement observée. Tout est admirable d'harmonie. Et que de vigueur ! Allez visiter, si vous ne l'avez pas fait encore, ce morceau de maître, et vous serez frappé de ses qualités de fraicheur, de coloris, d'exquise poésie et de grandeur souveraine. Vous verrez comme les diverses parties sont non seulement vigoureusement charpentées, mais comme en sont naturelles les transitions pour ne pas dire les raccordements. Vous nous direz alors si dans un espace forcément si restreint, il ne fallait pas un véritable maître, un artiste réellement transcendant pour en arriver à une pareille succession des plans et à une semblable observation de valeurs très différentes.
Et rien qui sente le pignotement, pas de détails inutiles. Quant au dessin - et nous demandons à ses contempteurs et encore à ceux à qui il paraît indifférent de venir là prendre la plus utile, la plus magistrale des leçons - il est poussé jusqu'à la perfection qu'il atteint certainement dans le pornmier en fleurs dont les branches, d'un raccourci extraordinaire.
Nous avons toujours été au nombre des admirateurs de M. Frédéric Rouge ; nous le sommes aujourd'hui plus encore. La contemplation de son " Vieux cimetière d'Ollon " nous a procuré une suprême jouissance artistique et nous tenons à lui en exprimer publiquement notre reconnaissance.

Léon RANDIN

*) Il est intéressant de noter ce titre pour ce beau tableau que Rouge a plus tard nommé " Vie et Mystère " et pour lequel nous avons trouvé une étude des personnages sous le nom d' "Etude pour Chansons et Silence".

* * * * *

Etudes pour les personnages (jeunes filles) de Vie et Mystère :

Etude No 1 (26 x 35 cm)

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Etude No 2 (Etude pour Chansons et Silence)

Les jeunes filles sur le tableau fini (1912)

Un personnage est apparu au fond à gauche...

 
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